La gravité croissante, décroissante, croissante. Un pendule, un compte-à-rebours.
La gravité fluctuante. De l'air pesant, pesant sur les épaules.
La gravité hypnotisante. Les pensées et la chair en suspension dans les airs.
Se balancer sans calculer le temps, juste se balancer. Tenter de simuler l'apesanteur. Éliminer le poids de l'air et le stimulus de la lumière. Juste se balancer dans la pénombre.
Il me l'a dévoilé un peu avant qu'on se rende au spectacle, hier soir, [karkwa]. Sur le coin de la rue, en marchant, une bouteille de rouge à la main, un chat dans la gorge. Il a décidé de s'isoler pour trois semaines, un purgatoire, un pèlerinage sur place. Il m'a dit : C'est ma dernière soirée en liberté. Je suis à bout de souffle. Je rentre demain après-midi. Coupé de tout. Seul au monde, on se retrouve seul avec soi-même... C'est pas évident, pour certains. Comme lui. Lui. Sois là quand je sortirai. Je ne sais pas comment. Il appréhende de tourner comme un lion en cage, auparavant il se démène dans sa cage thoracique. Compression et dépression. J'ai voulu le serrer si fort qu'il trouvera désormais toujours le moyen de se tenir debout, si fort qu'il n'oubliera jamais que je suis avec lui, même quand je ne peux pas le lui dire. Et des projets, des centaines de projets, surtout.
Je me balançais et me renvoyais à une lourdeur et à une légèreté exacerbées. Il y a eu des marées dans mes yeux toute la journée. J'imagine, j'espère, qu'il se souvient des empreintes des personnes qui l'aiment et croient en lui, et surtout, j'espère qu'il est le premier à le faire.
Même des marées plein les yeux, au fond, je suis contente.
mardi 14 octobre 2008
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