jeudi 22 janvier 2009

Pluie de lettres II

[Variaton sur thème de Il faisait pleuvoir des lettres du bout de ses doigts. En réplique à Parce que.]

Il faisait pleuvoir des lettres, comme ça, du bout de ses doigts. Il devenait le dieu de l’univers qu’il créait ce soir-là. Il formait des océans, avec ses profondeurs et ses raz-de-marée. Il dessinait des déserts, avec leurs dunes dorées sous le soleil qu’il faisait briller ou ondoyantes sous le vent qu’il soufflait, ou encore des déserts avec leurs glaces éternelles, où il faisait miroiter l’infini, un infini, son infini. Ses forêts se coloraient de ses humeurs, tandis que ses plaines s’étendaient toujours, impassibles ou intouchables, je ne sais trop, et ses états n’altéraient jamais leur fertilité. Il faisait pleuvoir des lettres du bout de ses doigts, et dans ses pixels je recherchais encore ses caresses, je voulais m’immerger dans ses univers. Quand j’ai la chance d’être près de lui, en tendant l’oreille je peux écouter sa pluie. Lui, il voulait plutôt laisser sa marque, comme Hansel et Gretel. Il faisait pleuvoir des lettres du bout de ses doigts, pour s’écrire une empreinte numérique.

mercredi 19 novembre 2008

Le prolongement de tes mouvements

Je veux que tu sois près de moi, et je le veux de cette manière, de cette manière précisément.
Je veux que ton corps s'harmonise avec le mien, je veux qu'il le commence et le complète.
Je veux que tes mains se fondent dans ma peau, je veux qu'elles frémissent et s'unissent.
Je veux que tes membres deviennent le prolongement des miens, que nos muscles se meuvent d'un même élan.
Je veux que tes mouvements soient la continuation des miens, je veux finir les mouvements que tu amorces.
Ces courts moments, je les veux de cette manière, de cette manière précisément.

lundi 20 octobre 2008

Sans censure

{Ça sort des boules-à-mites, et c'est loin d'être la version originale et intégrale, mais c'est ce que sa voix m'a inspiré.}

Un accès libre à ses pensées, c'est ce qu'il m'a offert de plus précieux. Ce moment, au beau milieu de la nuit. Deux coupes, une bouteille. Couvre-lit blanc. Les seules modulations sont celles de sa voix. Elle qui porte des idées de son esprit au mien. Elle qui se plaît à traîner. Elle qui étire les longueurs d'onde. Sans censure, il se prête au jeu. Il me laisse déambuler dans le labyrinthe de ses pensées, de ses humeurs. Comme si je flânais dans une librairie, je m'égare dans ses allées de souvenirs, de sentiments, de thèses et de foutaises. Qu'il projète sur cet écran blanc. Pur plaisir.



J'en veux encore. Le sommeil se dissipera avant que je ne m'engourdisse. J'en veux encore.

mardi 14 octobre 2008

Marées

La gravité croissante, décroissante, croissante. Un pendule, un compte-à-rebours.

La gravité fluctuante. De l'air pesant, pesant sur les épaules.

La gravité hypnotisante. Les pensées et la chair en suspension dans les airs.

Se balancer sans calculer le temps, juste se balancer. Tenter de simuler l'apesanteur. Éliminer le poids de l'air et le stimulus de la lumière. Juste se balancer dans la pénombre.

Il me l'a dévoilé un peu avant qu'on se rende au spectacle, hier soir, [karkwa]. Sur le coin de la rue, en marchant, une bouteille de rouge à la main, un chat dans la gorge. Il a décidé de s'isoler pour trois semaines, un purgatoire, un pèlerinage sur place. Il m'a dit : C'est ma dernière soirée en liberté. Je suis à bout de souffle. Je rentre demain après-midi. Coupé de tout. Seul au monde, on se retrouve seul avec soi-même... C'est pas évident, pour certains. Comme lui. Lui. Sois là quand je sortirai. Je ne sais pas comment. Il appréhende de tourner comme un lion en cage, auparavant il se démène dans sa cage thoracique. Compression et dépression. J'ai voulu le serrer si fort qu'il trouvera désormais toujours le moyen de se tenir debout, si fort qu'il n'oubliera jamais que je suis avec lui, même quand je ne peux pas le lui dire. Et des projets, des centaines de projets, surtout.
Je me balançais et me renvoyais à une lourdeur et à une légèreté exacerbées. Il y a eu des marées dans mes yeux toute la journée. J'imagine, j'espère, qu'il se souvient des empreintes des personnes qui l'aiment et croient en lui, et surtout, j'espère qu'il est le premier à le faire.

Même des marées plein les yeux, au fond, je suis contente.

jeudi 2 octobre 2008

Pièces assorties

J'avais seulement envie qu'on me serre fort, si fort qu'il ne resterait plus de place pour les émotions futiles, mais aussi envie de le ressentir comme la concrétisation d'un désir, bref, j'avais envie qu'on désire me serrer. Faire des casse-tête, en foutre d'autres en l'air, collectionner mes pièces préférées et essayer de les coller ensemble... en vain. Décortiquer, découper les pièces puis tenter de créer son propre assemblage... bien sûr que non. Aucun intérêt, quelqu'un que je connaîtrais de fond en comble dès le départ, je veux les papillons de découvrir, de ne pas savoir, de lancer des idées et d'attendre la réaction, quelle qu'elle soit. La griserie des discussions, les frissons des effleurements, l'attente, dévorante, des premières cajoleries. Et surtout, s'enlacer inlassablement.
J'aurais voulu trouver du réconfort dans des yeux tout près. C'est complètement absurde, mais c'est prisonnière de mon lit et de la fièvre que j'aurais aimé avoir quelqu'un à mes côtés. C'était une des premières fois depuis des mois. Absurde... Ça passera.