Au début, bien entendu, on s'est remises à jour de la vie de l'autre. C'est que l'eau a coulé sous les ponts depuis la dernière fois...
Ensuite, on s'est embarquées dans des sujets plus poussés. C'est drôle, elle a fait allusion à son premier amour, qui était très violent psychologiquement. J'ai poursuivi sur le sujet en y allant de ma propre expérience. La violence et le contrôle psychologique, la possessivité, l'impulsivité... La violence... Ce sont des actions qui ne devraient jamais être mélangées avec l'amour. Jamais.
Ça détruit. À petit feu. Pernicieusement. Par en dedans.
Ça ébranle sa conception de celle qu'on est. De ce qu'on peut juger être vrai ou erroné.
Ça s'insinue perversement dans notre être. Dans notre coeur, notre âme, notre corps.
Sans qu'on s'en rende compte. Sans qu'on se croit lorsqu'on doute.
L'appât, complètement hypocrite, a fonctionné. Le piège se referme lentement sur nous.
On perd nos repères. Les murs sont de plus en plus étroits.
On étouffe sans trop discerner clairement pourquoi.
Bien sûr.
Vous avez raison, il y a toujours une petite voix, à peine audible, qui sussure, sous strangulation, que le malaise n'est pas que pure invention, que notre position vaut la peine de s'y pencher.
Perte des repères, vous ai-je dit.
Désorientation. Étouffement des sens... puis de la raison...
Aveuglement. Pourquoi c'est moi qui devrais avoir raison?
Il ne faut pas que je parle à cet individu...
Ce qu'il dit pourrait être logique, mais ce que je pense aussi...
On s'est laissé imposer l'isolement.
Et on doute de soi. On perd le courage de nos opinions.
Même si on sait parfaitement que c'est insensé, on baisse les bras, lasses de se battre.
Le tout lentement, si peu à la fois.
Le tout indirectement, sans qu'aucun mot ne puisse détoner et déclencher la tempête tant repoussée.
Mais bien sûr, bien sûr que dans un couple, on peut toujours partir et qu'on se rechoisit à chaque jour.
On arrête d'aimer.
Vous devez comprendre que vous ne pouvez pas comprendre.
Vous ne savez pas ce qui se passe.
En quelques secondes, vous ne pouvez pas saisir ce qui se passe en plusieurs mois.
Et c'était la première fois que je partageais sur ce sujet, sur cette partie de ma vie, avec quelqu'un qui comprend, parce qu'elle l'avait déjà vécu.
Elle savait que tout s'effondrait par en dedans, si peu à la fois, si indirectement, qu'on n'y comprend rien soi-même. Le nez collé sur la situation, le focus ne réussit pas à se faire correctement, on ne distingue pas nos limites et ce qui les dépasse.
Par chance, l'inconscient survit et commence par lui-même le processus d'éloignement. C'est alors qu'il ne suffit que d'un déclic.
Et les poumons, comprimés depuis si longtemps, aspirent l'oxygène. Ils en avaient oublié l'énergie.
Et le cerveau, engourdi, se lance frénétiquement dans des introspections et des opinions autrefois bannies.
Et le corps hurle sa liberté.
Et la personnalité irradie.
Et on se promet de s'écouter.
Oh oui. Désormais, notre confiance ira à nous-même avant d'aller à quelqu'un d'autre.
Des pleurs opprimés plein les mains, on se jure qu'à partir de cet instant, quoi qu'il arrive, on a le droit et on fera passer sa propre personne avant quiconque.
Je suis la personne la plus importante dans ma vie. C'est pour moi que je la mène.
Bien sûr...
On s'en veut. Terriblement. On s'en veut de ne pas s'être fait confiance avant, bien que ç'aurait aussi pu être après. Cette rancoeur envers soi nous poursuit et nous obsède pendant des semaines. On s'en veut...
Puis maintenant, j'apprécie encore plus la valeur d'un «Va t'amuser de ton bord!» ou encore «Est-ce que tu te sens bien?»...

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